Le développement personnel au 18e siècle avec Benjamin Franklin

Benjamin Franklin
Le bien être, les objectifs, l’avancée dans la vie, tout ça est tendance. On voit mêmes des articles sur ces thèmes passer sur Yahoo News, c’est vous dire. Dans notre société en pleine évolution, les préceptes de développement personnel rencontrent un écho favorable, ce qui est plutôt cool d’ailleurs…

Pourtant, est-ce que tout cela est nouveau ?

Probablement oui. Dans la forme. Parce que dans le fond, les questions sur la vie, ça avait déjà commencé avant la Grèce antique.

En ce moment je lis l’autobiographie de Benjamin Franklin, qui vivait au 18e siècle, et je trouve de nombreux parallèles avec aujourd’hui. Certaines tendances se ressemblent. Or, c’est fascinant de regarder son histoire sous cet angle.

Benjamin Franklin est né en 1706, et il est mort en 1790, à 84 ans.

A l’époque, les États-Unis, où il habitait, n’étaient pas encore un vrai État. C’était des colonies de la Couronne Britannique, dont ils dépendaient.

C’est justement pendant sa vie que les États-Unis sont devenus un état indépendant, un vrai « pays » si vous préférez, en 1776.

Or cet événement est très lié à Benjamin Franklin, puisqu’il est l’un des co-signataires et des co-rédacteurs de la déclaration d’Indépendance des États-Unis, avec entre autres Thomas Jefferson. En ce sens il est l’un des pères fondateurs des États-Unis.

Il a aussi été Ambassadeur en France et c’est notamment grâce à lui que les Français ont soutenu les États-Unis dans leur guerre d’Indépendance qui a suivi la signature de la déclaration. (Oui, parce que vous vous doutez bien que lorsque les Américains ont annoncé à la couronne britannique qu’ils ne voulaient plus lui rendre aucun compte, ça n’a pas trop plu à sa majesté ;) ).

Alors sa vie, oui, ça peut être intéressant, notamment parce qu’il la raconte en détail dans son autobiographie. Mais ce que je trouve frappant c’est que si on lit entre les lignes il donne un éclairage sur son époque tout en parlant de ses aventures personnelles.

En voici quelques exemples :

Ils buvaient
A son époque, les gens buvaient aussi. Je pense qu’il pouvait y avoir une pression sociale dans ce sens. Entre les hommes saouls qui tombent du bateau et les amis qui ne savaient plus se tenir à cause du scotch, il y avait de quoi faire. Quand Franklin était jeune, il est parti à Londres, et a travaillé dans une imprimerie. Là bas, un de ses collègues buvait en pensant que ça rendait fort. Une pinte avant le petit déjeuner, une pinte au petit déjeuner avec du pain et du fromage, une pinte sur les coups de 10-11h, une autre à midi, une l’après-midi vers 6 heures et une dernière après la dure journée de travail.

A l’imprimerie Franklin lui ne buvait que de l’eau, et il travaillait plus que ses collègues. Tous se demandaient comment il pouvait porter plus de poids qu’eux alors qu’il ne buvait pas bière forte. Pas mal le raisonnement. Il a bien essayé de leur expliquer le lien entre la quantité de houblon et la valeur nutritionnelle d’une pinte, mais ça ne les a pas empêché de continuer.

Franklin végétarien
De plus Franklin faisait très attention à son alimentation. Toujours à la recherche d’une certaine élévation d’esprit, passionné de lecture et d’écriture, il évitait de se gaver pour garder l’esprit clair. Il a choisi d’opter pour un régime végétarien, qui permet moins de cruauté tout en permettant plus de clarté mentale. Là encore, il devait fréquemment se détacher de la norme de son époque, mais en libre-penseur, il continuait à suivre son « compas interne », ses idées et ses lectures.

Les blogueurs du 18e siècle
Franklin travaillait dans l’imprimerie. De temps en temps, alors qu’il n’avait pas 20 ans, il soumettait en secret certains de ses écrits à l’imprimerie de son frère. Certains d’entre eux étaient publiés, et cela se vendait. Ses amis aussi publiaient des écrits à droite à gauche. Quelque part, c’était un peu le blogging du 18e siècle !

Il faut savoir que le 18e siècle, c’est le siècle des lumières. Les pamphlets, écrits, livres, poèmes et nouvelles, n’arrêtaient pas de circuler. En Europe, ce n’était pas des centaines, mais des centaines de milliers de feuillet qui circulaient. Certains pamphlet pouvaient se vendre à 600 000 exemplaires! (en France). A l’époque la quantité d’écrits publiés et lus constituaient une véritable révolution. La science avec Newton, les idées, la recherche du bonheur, la critique du pouvoir, c’était l’époque. Les gens lisaient et écrivaient beaucoup. Est-ce qu’ils appliquaient beaucoup leurs idées je ne sais pas, mais c’est certains que c’était une tendance de font qui a transformé les sociétés.

La sécurité de l’emploi
Elle existait peut-être pour certains, mais pas pour notre ami Benjamin au début de sa carrière. Avant d’avoir 21 ans, il a habité dans trois villes et deux pays, et travaillé à 5 ou 6 endroits différents, pour ensuite monter sa première imprimerie. En gros il avait une compétence, celle d’être imprimeur, puis il cherchait à se faire embaucher dans la ville où il arrivait. Pour lui ça ne marchait pas trop mal, mais pour certains de ses amis cela allait beaucoup moins bien.  Ce n’est finalement pas tellement différent de ce qui se passe à notre époque quand on y pense. Rien n’était figé de ce côté là.

Un exercice développement personnel version 18e siècle
Dans le livre, il parle à un moment d’un exercice qu’il faisait pour suivre ses 13 vertus. Il s’agit de 13 vertus qu’il a lui-même choisi et qu’il s’efforce de suivre. Il dessine une grille avec sur le côté les treize vertus mises verticalement (une par ligne), et au dessus les jours de la semaine. Pour chaque semaine, il travaille une vertu et note ses écarts. Donc semaine 1 vertu 1, semaine 2, vertu 2, semaine 3 vertu 3 etc.

Chaque soir, il coche ses éventuels écarts par rapport à la vertu de la semaine.

Ce système « d’entraînement aux vertus » dure donc forcément 13 semaines, ce qui est plutôt long. A la fin de chaque 13 semaines, il recommence à zéro, en espérant arriver un jour à ne cocher aucune case, ce qui signifierait qu’il n’aurait fait aucun écart à ses vertus.Vous pouvez voir à quoi cela ressemble en cliquant ici.

Pour info ses vertus sont : tempérance, silence, ordre, résolution, frugalité, diligence au travail, sincérité, justice, modération, propreté, chasteté, tranquillité, humilité.

Un compas interne fort ?

Son autobiographie est peut-être enjolivée, mais on s’aperçoit qu’au fur et à mesure de ses pérégrinations, c’est grâce à sa capacité à suivre sa voie et ce qu’il lui semblait juste et intelligent qu’il a pu évoluer. Il a subit de nombreuses influences extérieures, qui sont plus ou moins bonnes, et il a évolué à travers tout cela.

Naturellement il choisit tous ses amis en fonction de leur amour de la lecture, et il semble respecter ceux qui sont des hommes de parole et de vertu. Lui n’est pas vraiment religieux dans sa jeunesse, mais il s’attache à ses principes et recherche continuellement s’en approcher.

Il cherche aussi à s’améliorer dans d’autres domaines. Il apprend la rhétorique par exemple, ce qui lui permet de savoir très bien convaincre ses interlocuteurs, de pouvoir vendre aussi. Il pratique des exercices pour écrire mieux. Par exemple, un exercice sympathique à reproduire : il choisi un texte et en note les différentes idées, puis quelques jours plus tard, il essaie de réécrire ces idées du mieux qu’il peut. Ensuite il compare avec le texte original et voit les éventuelles améliorations qu’il peut apporter à son style.

Un exemple intéressant donc, même si forcément il doit avoir ses zones d’ombres, comme tout le monde. Il a notamment été critiqué pour appartenir à la franc-maçonnerie et pour avoir fait pistonner ses amis, choses qui n’apparaissent pas dans le livre. Mais il n’empêche que son autobiographie est intéressante. Ce livre est d’ailleurs souvent considéré comme un des premiers ouvrages de développement personnel à avoir paru.

Par contre c’est écrit en viel anglais alors accrochez-vous pour tout comprendre.

Si vous voulez le lire, il est ici sur Amazon.


3 commentaires on “Le développement personnel au 18e siècle avec Benjamin Franklin”

  1. 1 Pascal said at 20 h 43 min on janvier 19th, 2011:

    Article très instructif !! J’ai beaucoup aimé.
    Ça donne vraiment envie de lire la bio de B. Franklin.

    J’en retire surtout deux outils de développement personnel que je trouve intéressant : .

    Le principe du « compas interne » et les 13 vertus à travailler.

  2. 2 Fabrice said at 20 h 50 min on janvier 19th, 2011:

    Cette biographie a l’air d’être intéressante. Merci d’en partager des idées, notamment l’exercice des 13 vertus. (quoique, à force de cumuler les exercices des différents auteurs, on peut finir par perdre la tête)
    De cet auteur, on peut trouver également un petit livre sur les finances personnelles ! Cela renforce ta thèse.

  3. 3 Damien said at 3 h 43 min on janvier 30th, 2011:

    La chasteté une vertue ?!!!
    Un vice à éradiquer oui ! :d

    Merci pour cet article que j’ai dévoré d’une traite.


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janvier 18th, 2011 Par 3 Commentaires »