Interview exclusive, Leo Babauta de Zenhabits.net – Vivre Sans Objectifs, Travail Indépendant et Minimalisme
English readers : read this interview in English here.
Je suis vraiment ravi de partager avec vous cette interview de Leo Babauta. C’est la première fois qu’il est interviewé sur un site francophone, et c’est un honneur de pouvoir le lire sur ce site.
Si vous ne le connaissez pas, Leo Babauta est l’auteur du blog anglophone archi connu Zenhabits.net, qui est classé parmi les 25 meilleurs blogs du monde par le site time.com.
Il est aussi le créateur d’autres blogs à succès, tels que mnmlist.com, ZenFamilyHabits, WriteToDone (avec Mary Jaksch), et il s’occupe de la fameuse formation A-List Blogging Bootcamps.
Il a par ailleurs écrit 6 livres, dont le best seller (traduit en français) L’Art d’Aller à l’Essentiel.
Enfin, son dernier ouvrage, Focus, est une excellente lecture pour enlever les distractions inutiles de notre vie et avoir une approche plus attentive à ce que l’on fait. Vous pouvez lire la version gratuite ici (27 chapitres).
Ca fait beaucoup n’est-ce pas ?
Comment peut-il accomplir autant ? Ecrire tout cela aurait pu prendre une vie entière, mais il faut savoir que Leo a commencé début 2007, soit il n’y a même pas 4 ans !
Pendant ces quatre années, sa vie n’est pourtant pas devenue plus compliquée, bien au contraire. Il est un excellent avocat du minimalisme, et son approche simple de la productivité a fonctionné non seulement pour lui mais aussi pour beaucoup de ses lecteurs.
Laissons maintenant la place à l’interview :
Récemment, tu as décidé d’arrêter de te fixer des buts dans ta vie personnelle et professionnelle. Pourtant avant tu étais très orienté vers tes objectifs et tu passais une grande partie de ta journée à gérer ta to-do list. Depuis que tu as arrêté, quel est le plus gros changement dont tu as fait l’expérience ?
Leo : Une libération. Je suis libre de faire ce que je veux, au lieu d’être fixé de manière rigide sur des buts spécifiques et des actions spécifiques requises pour atteindre ces buts. Si je me prends de passion pour quelque chose, je peux m’y adonner. Je suis ouvert aux nouvelles possibilités et aux nouvelles opportunités qui se présentent et que je n’aurais jamais pu prévoir – ce qui n’arrive pas si l’on est fixé sur un chemin vers un but spécifique. Je suis aussi libéré de la culpabilité de ne pas atteindre un but et de la corvée qui va avec le fait de continuer à suivre un objectif.
Trouves-tu qu’il soit plus facile de rester motivé et d’accomplir des choses sans se fixer d’objectifs ?
Leo : Je suis toujours en train de travailler sur ce qui m’enthousiasme – donc je ne m’ennuie jamais. Quand vous travaillez sur ce qui vous passionne, au lieu de penser à ce que votre objectif devrait être, il n’y a aucun besoin de se motiver. On le fait juste parce qu’on en a envie. Et cela rend l’accomplissement des choses si facile. J’ai accompli plus sans objectifs qu’avec eux.
Internet et les nouvelles technologies on apporté de nombreuses distractions dans nos vies, avec les emails, Twitter et autres. Comment pouvons-nous utiliser ces technologies pour améliorer nos vie au lieu d’être constamment interrompus ?
Leo : Limitez-les. Dîtes-vous: Je vais aller gérer mes emails pendant 10 minutes, puis en sortir et évacuer toute distraction. Je vais aller sur Twitter pendant 5 minutes, puis écrire. Je vais seulement lire mon Google Reader pendant 20 minutes – et seulement après ma Tâche la Plus Importante [ce que Leo appelle ses Most Important Task ou MIT]. Si vous limitez les technologies, vous pouvez les utiliser sans être submergé. C’est l’équilibre parfait selon moi.
Dans ton nouveau livre, Focus, tu compares le besoin d’information avec une addiction. Comme avec la drogue ou le fait de manger de la nourriture malsaine. Comment cela se fait-il et comment peut-on en sortir ?
Leo : Tout comme avec les autres types d’accoutumance, “rester au courant” devient une habitude qui entraîne une réaction immédiate positive: nous regardons les sites d’actualités, ou les feeds de nos blogs ou notre timeline Twitter, et nous recevons quelque chose de tout nouveau tout beau immédiatement.
Cela nous amène à le faire de plus en plus. Arrêter cela requiert une suppression, ce qui correspond à un feedback négatif, désagréable – donc on n’arrête pas.
Pour en sortir, il nous faut trouver de nouvelles habitudes qui entraînent un résultat positif, agréable, et nous donner nous-mêmes une réaction négative et désagréable pour les anciennes accoutumances. Par exemple sortez faire une belle marche dans la nature et lisez un bon livre – de nouvelles habitudes entrainant un résultat immédiatement agréable. Forcez-vous à nettoyer les toilettes à chaque fois que vous regardez vos actualités en dehors des périodes pre-déterminées – un résultat immédiatement désagréable.
Selon toi, quel est le plus gros problème que rencontrent les travailleurs indépendants lorsqu’ils essaient de se concentrer, et que peuvent-ils y faire ?
Leo: La liberté. Nous pouvons faire n’importe quoi, et c’est souvent ce que nous faisons. Cela peut résulter en des distractions et des pertes de concentration.
Je suggèrerais de limiter ses choix. Allez dans une librairie ou un café qui n’a pas Internet pendant deux ou trois heures. Débranchez votre routeur et donnez-le à votre conjoint(e) pour l’après-midi. Installez le programme « Freedom », qui bloque l’accès à Internet. Quel que ce soit ce qui vous distrait, retirez-le, de manière à ce que vous ayez moins le choix.
Les travailleur indépendants font face à de nombreux challenges chaque jour. Ils ont souvent beaucoup à faire. As-tu un conseil pour se détacher de l’état d’esprit dans lequel il faut “accomplir plus”, surtout quand ils ont du mal à joindre les deux bouts ?
Leo: Accomplir plus ne signifie pas plus de revenus. Réduire ce que vous faîtes aux choses qui produisent le plus de revenus (et le plus de bonheur en même temps) est bien plus efficace que juste faire plus. Donc si vous pouvez prendre 10 travaux qui payent peu ou 2 travaux qui payent plus, prenez les deux travaux. Si vous pouvez éliminer un grand nombre de tâches qui ne rapportent pas de revenus, faites-le. Si vous pouvez faire une chose qui fera votre nouveau gros succès, concentrez-vous uniquement là-dessus.
Quels autres conseils ou idées voudrait tu partager avec les lecteurs d’Albanblog.fr ?
Leo: Si vous avez du mal à commencer, ou que vous avez peur de vous lancer, commencez juste avec le premier pas. Faites-en un pas très facile, et appréciez-le. Le reste viendra.
Peux-tu dire quelque chose en français pour nos lecteurs
?
Leo : « Vous êtes parfait » ( en français dans le texte). C’est probablement incorrect.
C’est correct
!
Merci beaucoup à toi Leo pour avoir répondu à toutes ces questions si gentiment. C’était un honneur et un plaisir !
Si vous avez aimé cette interview, je vous encourage vivement à aller voir le dernier livre de Leo, Focus, qui est un véritable oasis pour se re-centrer et éliminer les distractions. Une version de 27 chapitres peut être téléchargée gratuitement ici.
English
Interview with Leo Babauta from Zenhabits.net on living without goals, self-employment and minimalism.

I’m so thrilled to share with you this interview of Leo Babauta. This is the first time he gets interviewed on a French website, and it’s an honor to read him here.
If you don’t know Leo Babauta, he is the author of the widely successful blog zenhabits.net, which is one of the 25 best blogs in the world according to time.com.
He’s also the creator of other successful blogs such as mnmlist.com, ZenFamilyHabits, WriteToDone (with Mary Jaksch) and he runs the famous A-List Blogging Bootcamps.
He has written 6 books, including best seller The Power of Less.
His latest book, Focus, is a fantastic read to help you clear distractions in your life and have a more mindful approach to what you do. You can check out the free version here (27 chapters).
That’s a lot of writing isn’t it ?
How can he accomplish so much ? All this writing could’ve been the work of an entire lifetime, but Leo started in the beginning of 2007, which is not even 4 years ago !
However, during these four years, his life didn’t get more complicated, actually, quite the opposite. He is a brilliant advocate of minimalism, and his simple approach to productivity has worked not only for him, but for many of his readers as well.
Now on to the interview :
Recently, you decided to stop setting goals in your personal and professional life. However you used to be very goal-oriented and to spend a big part of your day managing your to-do list. Since you’ve stopped setting goals, what is the biggest change you’ve experienced ?
Leo: Liberation. I’m free to do whatever I want, instead of being rigidly fixed on specific goals and specific actions needed to achieve those goals. If I get passionate about something, I can pursue that. I’m open to new possibilities and new opportunities that come up that I could never have foreseen — something that doesn’t happen if you’re fixed on a path to a specific goal. I’m also freed of the guilt of not achieving a goal and the drudgery that comes with trying to stay on track with a goal.
Do you find it easier to stay motivated and accomplish things without goals ?
Leo: I’m always working on what I’m excited about — so I’m never bored. When you work on what you’re passionate about, instead of what you think your goal should be, there’s no need to motivate yourself. You just do it because you want to. And that makes accomplishing stuff so easy. I’ve accomplished more without goals than I have with them.
The Internet and the new technologies have brought many distractions in our lives, with emails, Twitter and so on. How can we use these technologies to enhance our lives instead of being constantly disrupted ?
Leo: Limit them. Tell yourself: I’ll do email for 10 minutes, then get out and clear away distractions. I’ll do Twitter for 5 minutes, then write. I’ll only read my Google Reader for 20 minutes — and only after doing my Most Important Task. If you limit the technologies, you can use them without being overwhelmed by them. That’s the perfect balance in my eyes.
In your new book, Focus, you compare the need to stay updated with an addiction, just like doing drugs or eating junk food. Why is it so and how can we get out of it ?
Leo: Just like other addictions, staying updated becomes a habit that has an immediate positive feedback cycle. We check our news sites or our blog feeds or Twitter stream, and we get something new and shiny right away. Which makes us do it more and more. Stopping this requires withdrawal, which is negative feedback — so we don’t stop.
To get out of it, we have to find new habits that also have positive feedback, and give ourselves negative feedback for the old addictions. So go out for a beautiful walk in nature and read a good book — new habits with positive feedback. Make yourself scrub the bathroom every time you check your updates outside of one specific pre-selected time — negative feedback.
According to you, what is the biggest problem self-employed people have when trying to focus and what can they do about it ?
Leo: Freedom. We can do anything, and so we often do. Which can result in distractions and loss of focus.
I’d suggest limiting choice. Go to a library or cafe that doesn’t have Internet for a couple hours. Unplug your router and give it to your spouse for the afternoon. Install the program « Freedom », which blocks your Internet. Whatever distracts you, remove it, so you have less choice.
Self-employed people face many challenges every day. They often have a lot on their plate. Do you have any advice for them about letting go of the mindset in which they need to accomplish more, especially when they’re struggling to make ends meet?
Leo: Doing more doesn’t mean more income. Reducing what you do to the things that produce the most income (and the most happiness at the same time) is much more effective than just doing more. So if you can take on 10 jobs that pay little or two jobs that pay more, go for the two jobs. If you can eliminate a lot of tasks that don’t bring in income, drop them. If you can do one thing that will be your new huge seller, focus on that.
What other advice or ideas would you like to share with the readers of AlbanBlog.fr ?
Leo: If you’re having trouble getting started, or fear diving in, just take the first step. Make it a very easy step, and enjoy it. The rest will flow.
Can you say a something in French to our readers
?
Leo: Vous êtes parfait. That’s probably wrong.
That’s correct
!
Thank you Leo for kindly answering these questions. That was a real pleasure for us to read you.
If you enjoyed this interview, I highly encourage you to have a look at Leo’s new book, Focus. You can download a 27 chapters free version here.
Tout d’abord, bien joué Alban pour l’interview!
J’aime bien les chapitres où vous abordez le sujet de la « dépendance ». Car comme il le dit implicitement, je pense que l’on est effectivement drogué à un moment donné sans s’en rendre compte…
Et merci de me l’avoir fait découvrir car n’étant un grand lecteur …
Bravo Alban pour cette belle interview ! car il y a toujours quelque chose à apprendre avec Leo. Son parcours parle de lui-même.
Félicitations Alban pour cette interview réussie.
Je ne savais pas que Leo Babauta avait arrêté de se fixer des objectifs. Je dois avouer que malgré ses réponses, j’ai encore du mal à imaginer comment mettre cela en pratique. Peut-être que les réponses se trouvent sur son dernier bouquin. À creuser donc
Vraiment sympa cette interview, elle donne plein de petits conseils et surtout montre un joli exemple de réussite
Merci
bravo pour avoir réussi à l’approcher!
J’ai lu son livre, l’art de l’essentiel, pas mal du tout. C’est étonnant qu’il se soit arrêter de s’être fixé des objectifs!
Cet interview est vraiment intéressante et résume bien son style de vie axé sur l’essentiel. J’ai l’intention de me ruer sur les 27 chapitres gratuits.
Bravo pour ton audace Alban et merci pour ce cadeau . Je RT immédiatement.
Bravo ! Chapeau !
En plus c’est le numéro de la liste : http://www.time.com/time/specials/packages/completelist/0,29569,1999770,00.html
Tu as l’interview du blogueur numéro un mondial…
J’en parle de suite à mon entourage et sur mes réseaux
Interview courte mais dense :
Stop conso info : I’ll y en a tjrs plus
Pas d objectifs : suivre ses passions et interets, cad ses vrais buts
C est pratique.
Son livre est un livre de chevet. J y retourne souvent. Et ses conseils excellents, I’ll faut juste les appliquer, 2 ou 3 a la fois, sans prise de tete.
LB evolue dans son approche au fil des articles et nous surprend. Tres grand qualite parmi l ensemble de la production ‘efficacite perso’.
Merci.
Bravo et merci pour cet interview Alban !
J’ai moi-même essayé d’oublier ma « to do » liste. Au début, j’ai ressenti la même chose que ce que Leo décrit dans l’interview. Par contre, je me suis ensuite dispersé et j’ai oublié mes objectifs centraux.
Je suis donc retourné à ma « to do » liste mais elle ne contient maintenant plus que des tâches réellement essentielles et des objectifs à très long terme. Je n’oublie pas non plus d’y ajouter, quotidiennement, un tâche « être ouvert à l’imprévu » afin de ne pas rester coincé dans un couloir
Ainsi, lorsque je rencontre un ami et que je termine la journée avec lui, je peux cocher avec plaisir et légèreté la case « être ouvert à l’imprévu » et décaler les autres éléments « essentiels » à une autre fois
J’en profite pour te féliciter pour ton blog Alban. Même si je ne commente pas souvent, j’ai toujours du plaisir à lire tes articles et tes retours d’expérience !
Merci pour vos commentaires.
).
En effet il y a toujours quelque chose à apprendre avec Leo Babauta, c’était cool de faire cette interview !
J’ai beaucoup aimé son livre Focus, ça m’a vraiment donné envie de me recentrer et de me concentrer sur ce que j’aime faire (et puis ça m’a donné envie d’écrire même si je sais pas encore quoi
@Thomas : Ca doit demander un sacré changement de perspective d’oublier la to do list non? Perso je ne m’y suis pas encore essayé, mais j’ai pas mal relâché de pression là-dessus ces derniers mois, même avant d’avoir lu les articles de Leo Babauta sur le sujet d’ailleurs. Je pense que c’est un outil et à chacun d’expérimenter pour trouver ce qui lui convient le mieux.
@Alban : en effet, ça m’a fait un drôle d’effet de laisser la « to do list » de côté, surtout que celle que je tenais avant était très élaborée.
Je pense qu’à partir d’un certain degré de discipline établi, il n’est plus nécessaire de tenir une « to do list ».
Autrement dit, la « to do list » est un bon outil pour ne pas perdre de vue ses objectifs quotidiens et à plus long terme. Il permet également de poser de la discipline dans sa vie et de prioriser ses actions.
Au-delà de ces éléments, je rejoins entièrement Leo : le fait de quitter la « to do list » lorsqu’elle devient plus un exercice de style qu’une nécessité est une véritable libération
Après, comme tu le soulignes, chacun doit composer sa propre méthode. L’essentiel est de rester motiver, ouvert et libre.
[...] comme par exemple le célèbre blogueur Leo Babauta, décideront d’arrêter, purement et simplement, de fixer des objectifs. Pour ma part, je [...]
Bonjour Alban, et félicitation d’avoir obtenue une interview originale et intéressante. J’aimerais revenir sur le principe de la to do list. La laisser tomber ne m’apparait pas comme l’étape obligatoire pour aller plus loin. Je pense qu’elle reste nécessaire à court terme pour toute personne bougeant sur de nombreux tableaux à la fois (dans mon cas, 3 ou 4 projets simultanés dans mon travail et environ 5 projets personnels à gérer) ou à long terme (on ne peut pas toujours tout retenir!)
Félicitations pour cette interview.
Je suis un fan de Léo Babauta. Sa vision des choses, et notamment concernant la façon de travailler, est excellente.
Pour les personnes maitrisant mal l’anglais, j’ai entamé la traduction de son manifeste « Focus ». Vous trouverez les premiers chapitres ici: http://www.erwanlegall.com/le-manifeste-de-la-simplicite-dans-un-monde-de-distraction/
Ah bonne initiative cette traduction Erwan, merci pour le lien!
Excellent, Merci Alban pour cette initiative. Il est toujours bon de s’interroger sur ses propres pratiques pour les remettre en question et apprendre des autres par la même occasion. Ce qu’il y a de rassurant c’est que Leo lui même change et adapte ses méthodes en court de route. Travailler l’esprit libre sans suivre d’objectif reste un challenge
Tout à fait, c’est un challenge, surtout lorsqu’on est habitué à faire l’inverse !
Content de te voir ici Serge