Etre orienté tâche ou être orienté temps ?
C’est un grand classique: lorsque l’on passe 10 heures à travailler, on sort du boulot et on se rend compte : « J’ai travaillé dix heures aujourd’hui, une sacré longue journée ». Pourtant, on sent qu’on a encore de nombreux projets en attente…C’est un peu comme si le temps passait trop vite, à tel point qu’on a toujours l’impression d’avoir trop à faire par rapport au temps disponible. Est-ce que ça vous arrive parfois ?
A priori, ce n’est pas l’Univers tout en entier qui est en train d’accélérer, donc ce serait plutôt du côté de son rapport au temps qu’il faudrait chercher la solution.
On se sent travailleur lorsqu’on fait de longues journées et qu’on n’a pas une minute de disponible, pourtant, est-ce que cela veut vraiment dire qu’on travaille beaucoup ?
Je ne pense pas. Avec cette approche, si on fait le décompte des choses qu’on a réellement accomplies dans la journée, il n’y a souvent pas de quoi casser des briques. Entre les interruptions répétées, le temps passé à répondre aux mails ou au téléphone et à faire d’autres tâches peu importantes, on a été peu créatif (notamment en terme de valeur ajoutée créée).
Être « orienté temps », c’est lorsque l’on mesure le travail effectué au nombre d’heures passées à travailler. Quand bien même on est actif toute la journée, ça ne veut pas dire qu’on soit productif, et on peut se donner l’illusion d’être un grand travailleur alors que ce n’est pas le cas. Quand on est orienté temps, on fini par se donner des tâches qui sont relativement inutiles. En termes de retours sur investissements c’est assez peu efficace et ça n’aboutit pas forcément. De plus, étant donné qu’on se focalise surtout sur le temps, on a toujours l’impression d’en manquer et on se sent débordé. Et si on passe le plus clair de ses journées la tête dans le guidon, on prend rarement du recul et de la hauteur, qui sont pourtant des éléments importants pour avancer et retrouver son inspiration.
En revanche, ce que j’appelle être « orienté tâche », c’est le fait de mesurer sa quantité de travail au nombre de projets accomplis, ou de tâches effectuées, peu importe le temps nécessaire pour cela. On ne se focalise plus sur le temps, on reste dans l’instant présent en agissant directement et en premier sur les gros projets, ceux qui font un peu peur
. Ça permet de lâcher prise sur les deadlines, de ne plus avoir la sensation d’être pressé, tout en allant plus directement au but.
Personnellement, j’oscille entre le fait d’être orienté tâche et être orienté temps. Je travaille en suivant mes objectifs, mais je reste tout de même assez longtemps à travailler quoi qu’il arrive. J’ai des heures presque fixes (c’est d’ailleurs l’avantage d’être orienté temps ou “payé à l’heure” : ça donne une structure à ses journées). J’ai pu constater que c’est assez mauvais pour la productivité, parce que si j’ai prévu de faire une tâche importante dans la journée, je vais parfois laisser filer une heure ou deux avant de m’y mettre, car dans ma tête, je sais que je vais le faire aujourd’hui « quelque part entre 6-7h et 18h-18h30″. Donc pendant une heure ou deux, je réponds aux emails, je regarde les stats de mes sites web, je fais deux ou trois ajustements techniques sans grande importance.
Quand je fais un effort pour être plus complètement orienté tâche, je commence ma journée avec l’idée de la finir le plus tôt possible. Je vais droit au but, je fais cette chose importante (c’est quasiment tout le temps une action qui demande de sortir de sa zone de confort d’ailleurs), puis je vais me détendre, me balader ou autre, et j’arrête de travailler en sachant que ma journée a été bien remplie (en action concrète, pas en temps de travail).
Curieusement, à chaque fois que je me concentre uniquement sur les actions à entreprendre, c’est à dire que je les fais directement et le plus vite possible, et que je ne fais absolument pas attention au temps passé à travailler, ça me fait vraiment avancer et m’enlève la sensation d’être pressé par le temps.
Photo par bigbirdz.
Merci Alban pour ce billet sur le temps, la chose la plus importante en ce bas monde ou presque !
J’essaye au maximum de raisonner en tâches accomplies, même si la société toute entière nous a appris à fonctionner en temps passé.
Un exemple tout con, une personne qui te dit: « Tu bosses seulement 4 heures par jour, tu n’en fous pas une en fait? »
Alors que je sais que j’en accompli plus en 4 heures chez moi qu’en 15 dans un bureau en tant que salarié….
[...] Ce billet était mentionné sur Twitter par N. Pène – Fenice, Dev Perso et ideesinvitro, Mohamed Semeunacte. Mohamed Semeunacte a dit: Etre orienté tâche ou être orienté temps ? http://bit.ly/bDp92R Par Alban [...]
Hello Rémy,
Intéressant l’exemple que tu soulignes avec la réaction des autres. Ça semble tellement normal à la plupart des gens de mesurer le travail au nombre d’heures effectuées. Faut dire qu’avec le statut d’employé, beaucoup de gens sont payés à l’heure, donc ça leur paraît naturel… pourtant ça ne l’est pas
Pour ma part je suis plutôt orienté temps même si je pense qu’à une époque j’étais plutot orienté taches.
Il y a effectivement une différence entre ‘être occupé’ et ‘être productif’. Et on pourrait même rajouter ‘être efficace’ …
Il est vrai qu’en France, on fait plus attention au temps de présence au travail, plutôt qu’aux taches réalisées. J’en ai assez souvent fait les frais : on m’a plu souvent fait le reproche d’avoir horaires pas très bon conformes aux normes locales plutôt qu’un travail non/mal réalisé. Aberrant …
L’effet pervers, dans le monde du travail, est qu’on s’adapte, si je puis dire …
C’est en fait l’idée derrière le livre « why work sucks ». Livre très intéressant d’ailleurs, jusqu’au moment où il devient une publicité pour Best Buy haha.
Très bien comme réflexion et j’essaie de commencer a faire ainsi a mon boulot. Ça va être intéressant …
C’est bien vu cette distinction. Dans l’idéal, cela peut être bien d’être « orienté tâche » pour être un maximum productif en un minimum de temps. Sauf que dans certains cas, on nous paye pour avoir une ressources humaine à disposition pendant une période de temps donnée, alors il devient très difficile de se sortir de l’ »orientation temps ».
Merci Alban pour ce message. Personnellement, je trouve qu’être orienté tâche est souvent synonyme de passion pour ce que l’on fait. Et donc je trouve cette aspect passionnel, voire même parfois fusionnel avec ce que l’on fait bien plus enrichissant qu’être orienté temps: qui me donne en fait plus l’impression d’obligation de rentabilité immédiate.
A mon avis, tâche et temps sont deux segments de droite qui se superposeront toujours parallèlement. Mais souvent le segment de temps est plus court que celui de la tâche. l’objectif est de les obtenir avec la même dimension. ou que le celui du temps soit plus long pour faire plusieurs tâches dans le même intervalle de temps et vous serez plus productifs.
Vraiment interessant cet article, definitvement orientee tache pour moi.
Pour moi ce qui importe ce n’est pas tant le temps passé dessus que le fait qu’il soit fait et bien fait lorsque je me leve de mon bureau.
J’ai aussi appris avec le boulot de prof que l’idee d’une tache finie est une utopie qu’on caresse du doigt deux ou trois fois dans l’annee mais voila tout mdr
Merci Alban pour le partage
Mohamed Semeunacte
Merci à tous pour les commentaires
@ Grégory : « L’effet pervers, dans le monde du travail, est qu’on s’adapte, si je puis dire … » –> Et oui, c’est comme ça qu’est la norme, du coup la plupart s’y adaptent en effet !
@ Ockwick : Je ne connaissais pas ce livre, en tout cas le titre attire l’attention
…Tiens nous au courant si tu vois une grande différence à ton boulot alors!
@ ProLire : En effet, quelqu’un qui surveille un musée ou qui est à la caisse d’un commerce, ce sont des positions où on est forcément payé au temps passé à travailler. De manière générale, on a toujours plus de chances d’être orienté temps quand on est employé, et on est plus libre d’être orienté tâche quand on est indépendant ou chef d’entreprise (une raison de plus qui fait que je suis très heureux de m’être lancé d’ailleurs).
@ André : Ah ah, pas mal le pseudo Seb
C’est clair que quand on est passionné, on ne fait plus attention au temps passé à travailler en tout cas !
@ Mike : Intéressante la comparaison avec les segments de droite qui se superposent. Par contre, si le segment « temps » est plus long que le segment « tâche », alors on risque de rester au bureau à travailler même si on a finit ce que l’on voulait faire non? (par exemple, si on a un travail qui met 2 heures à faire mais qu’on est censé rester 5 h au boulot)…
@Mohamed : « Pour moi ce qui importe ce n’est pas tant le temps passé dessus que le fait qu’il soit fait et bien fait lorsque je me lève de mon bureau. » –> Merci pour cette phrase
au final c’est bien ça qui est important en effet!
A plus,
Alban
Article intéressant. Je pense que pour grandement augmenter sa productivité, être « orienté tâche » est une nécessité. En étant indépendant permet probablement d’avoir du temps libre. En tant employé, cela me permet de consacrer du temps aux sujets qui m’intéressent vraiment.
Beaucoup d’experts en réussite professionnelle recommande d’être amis avec nos clients, de les traiter comme tels, puisque la plupart des bons clients proviennent de notre réseau social.
C’est effectivement une idée à développer Alban.
Yoann
Merci de ton éclairage Yoann, oui c’est sûr que ça fait beaucoup plus naturel. Au fond, ça revient un peu à traiter les gens comme des gens quoi, et pas uniquement comme des « clients » dans une relation « client »- »vendeur ».
(Ps : Je crois que ton com’ allait plutôt sur cet article par contre : http://www.albanblog.fr/2010/09/contacter-les-autres-et-crer-des-partenariats/ )