J’ai pratiqué la gestion de conflits
Hier soir avec des amis, on a fait un mini workshop sur le thème de la gestion et de la pratique des conflits. C’était intéressant pour apprendre comment gérer un conflit. On se mettait face à face, et on devait lancer un accroc ou une dispute avec l’autre. Les règles étaient simples :
-Interdit de dire des gros mots ou des insultes grossières
-interdit de rire
Et on faisait comme ça des mini-match de conflits. Dès qu’un joueur perdait (souvent parce qu’il riait ou parce qu’il n’avait plus rien à dire), il était remplacé par un suivant qui affrontait le gagnant, et ainsi de suite.
Le but était de devenir à l’aise avec les conflits. Ca a été très très intéressant.
Explications :
Comment l’idée est venue
L’idée de ce workshop est venue d’un de mes potes qui reconnait qu’il a du mal avec les conflits, et qu’il a tendance à toujours éviter la confrontation. Cela l’handicape parfois car ça le freine pour dire non, et il a tendance à éviter le conflit par la fuite plutôt que de dire ce qu’il pense.
Or ce même pote est inscrit à un club d’improvisation théâtrale. Et lors d’une des séances d’entrainement à ce club d’impro, ils ont fait l’exercice que j’ai décrit plus haut. Ca entraîne à être à l’aise avec les attaques ou les désaccords, à les prendre à la rigolade et éventuellement à retourner les attaques de la personne.
Etant donné que j’ai la chance d’avoir des amis suffisament ouverts d’esprit, on s’est dit qu’on allait refaire cet exercice ensemble. On s’est donc réunis à cinq pour travailler sur la gestion des conflits. (Sérieux je suis conscient qu’il y a peu de bandes de potes qui accepteraient de se réunir pour faire un workshop sur la gestion des conflits, c’est quand même cool !)
Le but du workshop
Souvent, on remarque qu’on veut être sympa et conciliant, alors que dire clairement ce que l’on pense serait plus efficace. C’est un problème qu’ont pas mal de gens trop gentils. Ils encaissent, encaissent, ne disent rien pour être sympa. Et finalement, quand la coupe est pleine, on assiste à une explosion démesurée de colère. Pourtant, il aurait été tellement plus simple de poser ses limites gentiement mais fermement dès le début.
J’ai pu constater cela d’ailleurs en observant des personnes de mon entourage, qui pratiquent le « tout ou rien ». C’est à dire que soit ils sont sympa et d’accords, soit ils sont super en colère et en désaccord. On peut avoir du mal à exprimer un désaccord calmement et à être totalement à l’aise avec le fait de n’être pas d’accord ou de dire non.
Donc le but de ce workshop était de nous familiariser avec le conflit pour que l’on voie en direct que ce n’est pas si terrible.
Le conflit : hors de ma zone de confort
J’ai pu remarquer que j’étais plutôt déjà doué pour affirmer ce que je pense tranquillement, et ensuite commencer une discussion pour arriver à un accord. Ca, pas de problème. Par contre, dès qu’il s’agit de répondre à une attaque sur moi et de retourner la situation, (attaque est au sens figuré bien sûr), j’étais beaucoup moins à l’aise.
J’avais déjà constaté que j’ai du mal à dire non aux personnes que j’apprécie ou qui me sont proches. Or là, c’était des amis, et le jeu était tout simplement de les envoyer chier !
Au début, j’étais vraiment super mal à l’aise. Comme pour les autres, mon premier réflexe était d’évacuer la tension en éclatant de rire avant même d’avoir réussi à provoquer le conflit. J’avais aussi peur de devenir soudain sérieux, comme si ça allait dégénérer en vrai conflit. Ensuite, j’avais peur de leur faire de la peine, surtout car ce sont mes amis et donc je ne voulais pas leur faire de mal. Bref, toutes les facettes de la peur du conflit m’assayaient. Nerveusement, c’était très éprouvant, signe que j’étais en plein en dehors de ma zone de confort.
Pourtant, après plusieurs essais, on devenait tous à l’aise. C’est d’ailleurs souvent devenu super drôle, car quand deux personnes s’affrontaient, les autres jouaient le rôle de la « pression sociale » en rigolant ou en commentant. Peu à peu je suis devenu à l’aise avec la situation et je me suis surpris à devenir même assez bon pour avoir de la répartie avec de l’humour.
Observations
Alors, voici mes observations à chaud. A prendre avec des pincettes sachant que je ne suis pas un spécialiste de la question :
Etats d’esprits
-Les états d’esprits « playful », c’est à dire joueur et un peu moqueur, sont la plupart du temps plus forts que les états d’esprits sérieux et agressifs. Si on y va de manière agressive en se prenant au sérieux on a en général moins de chance de « gagner » le conflit que si on y va avec l’état d’esprit plus marrant de celui qui est moqueur/joueur.
Le pire c’est quand on commence avec un état d’esprit joueur et que l’autre répond sérieusement, là il se ridiculise.
Attaque-défense
-J’ai remarqué une dynamique dans les conflits qui fait comme cela :
-1 : attaque, puis 2 : soit réponse à l’attaque, soit ignorance de l’attaque et attaque sur un autre point.
Exemple :
-Ah tes chaussure elles sont sales, tu les laves jamais ?
soit on répond :
-Si je les lave de temps en temps (= réponse à l’attaque)
ou
-Ah vas-y parle encore c’est marrant comment tes dents elles bougent (= ignorance de l’attaque et attaque sur un autre point). (je rappelle que le but du jeu était de rester dans le conflit)
Eh bien j’ai remarqué que c’est toujours la deuxième méthode qui marche le mieux. Si on répond à une attaque, on se justifie, donc on rentre dans la frame de l’autre, et on est en position de faiblesse.
Dans la vraie vie, cela voudrait dire que si une personne cherche à provoquer le conflit, il vaut mieux ne pas répondre du tout à ce qu’elle dit, l’ignorer totalement et partir avec humour sur un autre sujet.
Ego
Là, on jouait, donc c’était sympa. Cependant on a tous senti que dans la vraie vie, gagner un conflit verbal comme ceux que nous faisions amène directement à renforcer l’égo. C’est vraiment un piège de céder à la tentation de fermer son caquet à quelqu’un qui nous agace pour se sentir plus fort. Si c’est que l’on veut, tant mieux, mais au passage le renforcement de l’égo comme ça peut se révéler un frein, car on risque de se mettre dans l’état d’esprit « qui sera le plus fort? » à chaque fois qu’il faut dire non, ce qui est totalement inutile.
En revanche, être à l’aise avec les conflits permet de développer l’aptitude à dire non et à clairement poser ses limites peu importe la réaction des autres. En tout cas, on accepte le conflit s’il apparait et cela ne nous empêche pas du tout de nous faire entendre comme on le voudrait. En ce sens c’est super utile et ça permet d’avoir des réponses claires comme « oui » ou « non » et de ne pas dire « A » pour faire plaisir alors que l’on pense « B ».
Excellent, Ce jeu à la signature d’un certain Grec.
A l’impro y’avait un type vraiment très fort pour cet exercice, c’est aussi le plus grand égo que j’ai jamais rencontré.
PS : Par contre je te trouves pas du tout effacé pour me dire non à moi
. (Et tant mieux)
Article intéressant, merci pour avoir partagé votre expérience!
merci pour ce retour d’expérience et les remarques explicatives.
je dois aider de jeunes profs d’université à se préparer à donner des cours à de jeunes étudiants. Une des choses qu’ils craignent c’est le conflit. Ça me donne donc une idée cet exercice
Merci Lumière pour ton commentaire. En effet, rien de mieux que la pratique pour devenir à l’aise avec les conflits (ou n’importe quoi d’autre d’ailleurs). Pour un prof, j’imagine que ne pas rentrer dans la « frame » (= dans le jeu) des étudiants est primordial en cas de conflit. Restez maître de soi et sûr de soi permet de répondre avec plus de justesse