Le sens au travail, une source d’épanouissement (I)

Aujourd’hui, je laisse place à la parole de quelqu’un d’autre. J’ai interrogé ma copine, Dona, car elle a rédigé un mémoire sur « l’entreprise respectueuse de l’homme et de son environnement : enjeux pour la société » lors de ses études à l’Essca (école de commerce). Elle est actuellement employée à l’Adie : organisme de micro-crédit qui finance les personnes qui n’ont pas accès au crédit bancaire souhaitant monter ou développer leur entreprise.
Elle nous parle du sens du travail, un point qu’elle connait bien car elle l’a évoqué dans son mémoire…

Alban : Quelle est la condition principale pour s’épanouir au travail ?
Dona : Je crois que l’on est épanoui quand le poste que l’on occupe, nourrit nos valeurs personnelles et ses buts. Pour certains cela va être chercher la compétition. Pour d’autres, cela pourra être : se sentir utile, se développer personnellement. défendre l’homme ou l’environnement, être davantage dans le qualitatif.

Alban : J’ai tout de même l’impression que, même s’il y’a des personnes qui semblent s’épanouir dans la compétition ou le fait de « faire du chiffre », c’est surtout dans le partage et le service que l’on s’épanouit, même si les gens ne l’admettent pas.
Dona : La compétition est une manière d’être reconnu, et c’est ce qui est la manière la plus rapide pour être reconnu socialement. Être dans la compétition, indépendant, jeune beau productif, avoir le dernier I-phone. C’est ce modèle qui est le plus mis en avant par les médias et notre société de consommation. Quand tu accèdes à ce dernier: tu es valorisé. Tu es l’incarnation de la réussite. Mais est-ce vraiment une réussite ?
Quand je vois des personnes qui travaillent pour une grande marque de 7 à 22h/23h tous les jours pour vendre de la lessive, je me demande si cela vaut vraiment le coup. Certes ils gagnent pas mal, mais à quel prix ? Ils se coupent d’une vraie vie sociale, sont dans un état de stress et de fatigue. On n’a qu’une vie. Alors, pourquoi l’utiliser pour vendre autant de lessive ? [ndr : je retiens la citation ;) ]
Quelle satisfaction trouve-t-on à inonder le marché de ces produits ? Se faire presser comme un citron pour un paquet de « Bonux », je trouve ça personnellement dommage.

J’ai une amie qui vend des produits de finance dans une grande banque à Londres. Elle travaille comme une dingue. Elle fait du 6h/22h, et elle court pour aller à la pause toilette car : « c’est mal vu de traîner, me dit-elle ». Après le boulot, comme elle a tout de même envie de vivre un peu et de voir du monde, elle sort jusqu’à 2/3h du matin. Résultat, elle joue avec sa santé et a besoin de cachets pour dormir. L’autre jour, elle en oubliait les clefs dans le frigidaire (véridique !). Elle a tout juste 25 ans. Elle se dit, « oh, je travaille comme ça pendant 10 ans, je mets de côté ensuite, je trouve un mari, je fais un enfant et je me pose ». C’est une façon de planifier sa vie. Mais c’est dommage de se dire, que l’on s’enferme pendant 10 ans, pour mieux vivre après. Aura-t-on vraiment le temps de vivre après ? Le destin nous en donnera-t-il l’occasion ? Qui sait ?

Quand on sait que l’on peut mourir d’un jour à l’autre, je me dis que chaque minute vaut la peine d’être vécue pour soi, ses valeurs. Je pense qu’il faut faire ses choix en se disant : si jamais je meurs demain, je serais fière de moi. Une autre méthode, consiste à observer l’être que nous sommes avec les yeux que nous avions quand nous étions enfants. Cet adulte nous fascine-t-il, nous fait rêver?

Alban : Au cours de tes recherches pour ton mémoire, as-tu rencontré des gens qui mettent en avant le sens au travail, et si oui pourrais-tu nous donner un exemple ?
Dona :Oui j’en ai rencontré plusieurs. Par exemple, il y avait cet homme qui était directeur d’un CAT (Centre d’Aide par le Travail, lieu qui permet d’insérer les personnes handicapées). Il m’expliquait son parcours, ses choix. Il me disait que pendant plus de 16 ans, il était dans le secteur de la distribution. Il avait fini par être directeur d’un grand magasin, mais, plus les années passaient, plus il sentait qu’il lui manquait quelque chose, me disait-il.
Un jour, il s’est réveillé et à décider de changé de boulot. Le déclic : « j’ai compris qu’il valait mieux de réussir sa vie, que de réussir dans la vie ». Il perçoit aujourd’hui, un salaire nettement inférieur à celui qu’il touchait lorsqu’il était dans la grande distribution. Mais qu’importe, quand je lui ai rendu visite au CAT, il avait les yeux qui pétillaient, les yeux d’un homme accompli, les yeux d’un homme qui suivait ses rêves et ses valeurs. Il était heureux et c’est ce à quoi j’aspire moi aussi.

Alban : Qu’en est-il de ton travail à l’Adie ? Quels sont les avantages et inconvénients ?
Dona : Par le biais de mon travail à l’Adie, j’aide tous les jours, des personnes à monter où à développer leur petite entreprise. Notre public : des jeunes, des personnes dites « trop âgées » pour être à nouveau embauchées, des rmistes, des personnes souhaitant se reconvertir…On est là pour croire en eux et les aider à concrétiser leur projet. C’est utile pour eux et humainement très enrichissant pour moi.

Je suis assez contente de mon choix car j’ai avant tout suivi mon cœur. Pourtant je dois avouer que ce n’est pas toujours facile. Je me sens parfois tiraillée entre mon envie d’être utile et mon envie d’avoir une reconnaissance salariale plus forte. Lol, l’Homme et ses contradictions…


5 commentaires on “Le sens au travail, une source d’épanouissement (I)”

  1. 1 Wiss said at 12 h 29 min on octobre 21st, 2008:

    On a attendu, mais pas pour rien :D.

    Très bonne idée d’avoir interviewé Dona.

    Et ça fait réfléchir …

    « j’ai compris qu’il valait mieux de réussir sa vie, que de réussir dans la vie »

  2. 2 Dona said at 21 h 04 min on octobre 21st, 2008:

    Kikou..
    merci pour ton comm.
    Je suis contente si cet article invite à la réflexion et ouvre le débat…
    plein de bonnes choses à toi !
    Do

  3. 3 Michaël said at 15 h 42 min on juin 9th, 2009:

    Bonjour !! J’ai lu votre interview, je la trouve très intéressante, honnêtement je suis exactement le genre même genre d’épicurien qui malgré tout travaille, comme Dona. Et j’aurais voulu savoir quelles étaient les sources de Dona pour son mémoire ? Y’a-til des théories sur lesquelles elle s’est appuyée ? Est-ce que je pourrais entrer en contact avec elle ?

  4. 4 Béa said at 1 h 26 min on août 17th, 2009:

    On n’a pas toujours le temps de trouver ou de donner du sens à son travail… quand on est pris par l’exigence de la rentabilité. Un article intéressant sur le revenu de base pour libérer les énergies créatives et donner sens au travail : http://www.revenudebase.ch/fr/node/117

  5. 5 mbua said at 16 h 07 min on février 2nd, 2010:

    j’ai apprécié votre interview…
    pourrais je avoir des informations sur un thème que je veux developper : milieu ergonomique : facteur d’épanouissement des employés.


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octobre 20th, 2008 Par 5 Commentaires »